La Sierra Nevada et l’Alpujarra

Du mardi 25 avril au samedi 29 avril :

De Guadix à Grenade.

Cette seconde semaine en Espagne est marquée par une ambiance très montagnarde et une météo bien facétieuse…  changement d’ambiance et premiers moments délicats à négocier !

Depuis Guadix, nous avions le choix entre rejoindre Grenade directement en 2 étapes ou traverser la Sierra Nevada et aller voir « l’Alpujarra« , si renommée pour ses villages blancs perchés et ses jambons… Vu du côté Nord, la Sierra Nevada ne présentait qu’une seule difficulté : le col de la Ragua à 2 000m d’altitude et ses 14 km de montée.

Être si vite à Grenade ne nous motivait pas trop… on a donc bien sûr choisi la 2ème option.

Notre Everest : Le Puerto de La Ragua !

Une fois cette décision prise, nous avions un jour de vélo pour nous approcher de ce col et de ses 900 m de dénivelé positif (on n’avait fait jusque-là que 300 m maxi…)

Le temps a commencé à se gâter dès cette journée de liaison et un mal de dos pour Noémie nous a contraint à une étape dans un hôtel afin de profiter d’un peu plus de confort et de réfléchir à la suite.

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On aperçoit les premières neiges sous un temps menaçant…

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Du coup, passage en mode pluie ( en préventif seulement … pour cette fois !)

 

Après un bon bain chaud, un peu de voltaren gel, et une bonne nuit, la montée semble gérable, d’autant plus que le soleil est là au réveil.

C’est parti !

On s’élève petit à petit dans la montée, jusqu’à voir l’imposant château de La Calahorra devenir tout petit. Lacet après lacet, même si on va sûrement moins vite qu’un marcheur entrainé, on a presque l’impression de s’envoler au dessus de la plaine !

La playlist « Spéciale montée » qui passe en boucle sur notre enceinte portable semble motiver Antonin, qui monte très bien, sans jamais rechigner, et avec une facilité déconcertante. On fera un bonne pause un peu avant la moitié. Mais c’est tout.

Stéphane peine sur la fin, le mal de dos de Noémie ne la gène pas particulièrement et Antonin gardera la forme et le moral et finira l’ascension sur son vélo comme un champion !
On aura droit à un pique-nique au soleil au sommet à 2000 m d’altitude. Royal !!

Le camping de Laroles nous tend ensuite les bras après 10km de descente.

On lézarde sur l’herbe grasse pour le reste de l’après-midi profitant du soleil, alors que la météo locale prévoyait la pluie. Mais ce ne sera que partie remise…

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L’Alpujarra et les aléas de la météo

Cette région au Sud du parc national de la Sierra Nevada est un coin magnifique et très recherché semble-t-il : néanmoins, comme il n’a pas plu ici depuis de nombreux mois, une atmosphère très brumeuse nous empêche, les premiers jours, de profiter vraiment des paysages….

De plus, ce que l’on n’avait pas vraiment anticipé, c’est le relief très accidenté qui nous attendait derrière notre fameux col.  La route entre tous les villages blancs est certes à flanc, mais elle ne fait que monter et descendre avec des pentes terribles, qui nous coupent les jambes. Dès la sortie du village de Laroles, c’est très dur pour le moral et la journée de la veille se fait bien sentir.

Le soir au bivouac, nous décidons de modifier l’itinéraire pour choisir la route qui passe au fond de la vallée, quelques centaines de mètres plus bas. Nous n’irons donc pas à Trevelez mais nos jambes nous remercieront de ne pas avoir à remonter à 1400 m !!

Malgré la pluie matinale et les prévisions pessimistes de la météo nationale, la journée de vélo se passe sous un ciel clément. Et la route du bas nous offre de jolis paysages dans ces montagnes escarpées, des descentes sympathiques, même si les remontées le sont moins… On s’arrêtera bivouaquer en haut de l’une d’elles.
Le réveil suivant se fait également sous la pluie. On souhaiterait quand même avancer un peu notre route (20 ou 30 km) et on espère sûrement que la météo nationale soit aussi imprécise que la veille. Que nenni ! Cette pluie ne va pas s’arrêter de la journée et fera dire à plusieurs des personnes croisées ce jour-là qu’elles n’avaient pas vu cela depuis fort longtemps !
On passe néanmoins en version pluie : les deux garçons dans la charette, le vélo d’Antonin attaché derrière Noémie, les bagages répartis sur les vélos et le siège enfant, et le vélo de Lino sur la charette. On est assez contents de cette version lorsqu’on démarre.

Mais, brassés par les mouvements de la charette, et gênés par le manque d’aération, les enfants vont vite changer d’avis : Lino renvoie les raisins secs que nous lui avions donné quelques virages plus haut !! On vous épargne les hurlements des 2 loulous, le changement de configuration en urgence sous la pluie, le nettoyage symbolique de la charrette avec les moyens du bord (pauvre doudou…)

Au final, Lino retrouve son siège, et son poncho, derrière Stéphane. Antonin reprend sa place sur son vélo derrière sa maman (au moins, ça ne sent pas mauvais !)

La pluie ne cesse pas vraiment mais cette configuration nous permet de rouler quelques kilomètres de plus (en montée une fois de plus) et d’atteindre notre objectif de la journée, la ville thermale de Lanjaron !

L’eau, c’est la vie ! On sait, on sait…

Il nous faudra un bon resto à midi et un petit hotel le soir pour sécher et se remettre de nos émotions !

 

Heureusement, la lecture de grands philosophes nous aide à apprécier ces moments à leur juste valeur :

Considérons la pluie. Un fonds culturel commun nous l’a fait envisager comme une calamité  (n’est-ce pas une des sept plaies d’Égypte ?). Contre cette nuisance, l’industrie automobile a perfectionné tout un arsenal, de l’essuie-glace à trois vitesses au pneu radial. L’industrie cycliste, elle, en est encore au bon vieux garde-boue (qui ne garde pas de la boue) et à l’imperméable  (pas toujours). On ne lutte pas à armes égales.
Mais justement, le cycliste ne lutte pas tout court. Qui n’a pas expérimenté ce moment de basculement où, tout recroquevillé sur son guidon, fouetté par les trombes d’eau, on lâche  tout à coup l’idée que la pluie est notre ennemie, on s’ouvre pas à elle, on accepte son ruissellement sur le visage comme une caresse du ciel, et l’on se met à rouler dans les flaques en riant, achevant de détremper le reste de sous-vêtements secs, mais heureux tout soudain de faire corps avec la tourmente, d’en être,  et donc de ne plus en souffrir, parce que dans l’acceptation de cet univers liquide, mélange de ciel et de terre, on y a découvert une manière inédite d’évoluer, telle une sirène à l’envers ?
Et puis n’oublions pas le plaisir immémorial du chocolat chaud en rentrant, et des chaussettes qui fument sur le dossier de la chaise, tandis que la pluie continue de cogner  au carreau, comme une amie qui s’éloigne.

Petit traité de vélosophie, de Didier Tronchet.

 

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Les sourires reviennent bien vite !

2 commentaires

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